Art océanien

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ocea1Un art entre terre et mer sous le ciel azur des mers du Sud

Autant d’îles, autant de vallées, autant de plastiques et d’esthétiques différentes. Ainsi pourrait-on d’abord qualifier l’art océanien et l’art de l’Insulinde, ces arts pélagiques des antipodes de la vieille Europe. La mer domine, les volutes de ses vagues se retrouvent gravées sur des surfaces de bois et de terre et même sur la peau, en spirales complexes et variées. Les terres surgissent et disparaissent parfois, comme les atolls sur l’océan, leur horizontalité renvoie aux lignes verticales qui strient certains objets, comme les nattes et les tapa. Alors que d’autres s’érigent en volcans actifs ou en sommeil, et évoquent les brisures et les biseaux qui ornent boucliers, entrées de maison, pagaies et lances. La terre impose partout ses couleurs : blancs, noirs, ocres et rouges dominent. Plus tard, avec les grands voiliers venus d’ailleurs, la palette s’est enrichie d’une multitude de nouvelles teintes jusqu’alors impossibles à obtenir.

 

 

 


Des populations en quête du beau par l’intermédiaire de symboles

ocea2La richesse des arts océaniens et d’Insulinde provient de la nécessité qu’éprouvent les populations de ces régions d’exprimer leur pensée à travers une continuelle recherche du beau. Elles couvrent de symboles plus ou moins hermétiques, tout objet, du plus simple, une cuillère par exemple, au plus complexe, comme certaines proues de pirogues ou façades d’édifice communautaires. Le beau est une partie intégrante des rituels qui rythment la vie de ces sociétés insulaires. Le beau est une partie intégrante des rituels qui rythment la vie de ces sociétés humaines. Et pour ces derniers, les hommes et les femmes déploient des trésors d’imagination pour satisfaire les esprits ancestraux qu’ils souhaitent honorer. Tout est sujet à sublimer le quotidien et l’organisation des cérémonies est toujours l’occasion pour les participants de se parer d’éphémères peintures corporelles ou d’ornements aux formes et aux couleurs des plus originales. Les plats destinés à contenir cette nourriture cérémonielle se doivent également d’être gravés et parfois sculptés de motifs des plus complexes. Dans les sociétés océaniennes et indonésiennes le beau est omniprésent et particulièrement destiné à la collectivité toute entière, à l’instar de la « décoration » des grandes Maisons des Hommes du Sépik et des longues pirogues des navigateurs des îles Trobriand.

 

 

ocea3Dans l’ « atelier » des créateurs

Tous les matériaux sont mobilisés, la pierre, l’argile,  le bois, l’écorce et le liber, le coquillage, immense ou minuscule, la plume, noire ou colorée, la dent, le poil et le cheveu, l’os, la carapace de tous les animaux qui en ont une, y compris le scarabée. La fleur aussi, et tout ce que le monde végétal peut donner, de la fougère géante rescapée des ères lointaines, aux microscopiques mousses et aux lichens qui ont la couleur des cendres…Cette variété des matériaux a souvent désorienté collecteurs et collectionneurs qui  ne retiennent en fait qu’une partie de l’objet, hâtant souvent le travail du temps, en le débarrassant de sa parure végétale et fanée.

 

 

 

 

 

ocea4L’artiste reconnu

La qualité des œuvres océaniennes provient donc d’un large consensus des insulaires. Dans certaines sociétés, en Nouvelle-Irlande ou dans le pays Asmat par exemple, les créateurs les plus doués se sont vus reconnaître depuis des siècles, un véritable statut d’artistes. Ils jouissent d’une réputation qui dépasse largement le cadre de leur village. Ainsi les œuvres vont et viennent à travers les vallées et,  d’îles en îles, elles empruntent des circuits que certains ethnologues ont décrits avec brio. L’aire couverte par ces va-et-vient perpétuels acquiert une unité stylistique, de l’aire Massim à la lointaine Polynésie.

 

 

 

 

 

ocea5Entre secret et pouvoir

L’art océanien, plus peut-être que son voisin l’art d’Insulinde, enferme en lui, une partie de mystère. Dans un monde où l’initiation est fréquente et jamais achevée, puisque chaque âge de la vie et chaque moment personnel de succès peut être l’occasion de franchir une étape sur les longs chemins des grades, la fabrication des œuvres est souvent mystérieuse comme l’est la signification de certaines figures stylisées. Véritable langage du pouvoir détenu par le détenteur de l’objet quand ce n’est pas par l’objet lui-même, les motifs s’organisent  comme autant de hiéroglyphes dont le sens est aujourd’hui perdu. Il échappe parfois tant aux membres du groupe qui ne les savent plus après des années de vicissitudes et de troubles mortels qu’à celui qui, dans un lointain pays, vend ou possède l’objet.

 

 

 

 

 

ocea6Poétique du mystère

Ce halo de brume qui plaisait tant aux Surréalistes n’empêche pas de goûter la beauté sauvage de certaines pièces ou le raffinement exubérant de certaines autres. Peu importe que le savant en cabinet ou celui qui, au contraire, court les pays et séjourne longuement chez ces populations souvent très isolées, ne puissent donner la signification de l’œuvre, sa finalité ou plus souvent encore son âge et la relations des voyages longs ou brefs qu’elle a entrepris ! L’esthétique et l’énigme que portent en lui chaque objet, seules, importent.

 

 

 

 

 

 

ocea7Des formes et des images nouvelles, vers un art contemporain.

Mais celle-ci ne doit pas faire oublier que les hommes d’aujourd’hui qui vivent dans les même pays que leurs ancêtres et n’ont accès aux chefs d’œuvre que ces derniers ont produits que par la photographie (de plus en plus capturée sur un écran d’ordinateur), ont hérité du même sens de la beauté et du même souci plastique. Beaucoup continuent de produire pour vendre à l’extérieur, utilisant les mêmes outils et les mêmes coloris synthétiques que l’on emploie ailleurs. Leur production alimente les magasins d’exotisme et de rêve qui vendent ce qu’on appelle dans le Pacifique, des curios. D’autres, animés du même souci, mais plus habiles et plus artistes, mieux encadrés et mieux connus dans des cercles de spécialistes,  produisent des œuvres de qualités dans des matériaux traditionnels (tapa ömie ou statues asmat par exemple) ou dans des matériaux contemporains (artistes des villes de Port-Moresby à Nouméa…). L’Océanie et l’Insulinde sont en effet des mondes vivants où des œuvres d’art sont encore produites chaque jour.